mercredi 17 juillet 2019
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Compagnons et amis

 

 

Harry et Hermione, une relation qui évolue

par Penny Linsenmayer, le 19/10/2003.

Remarque : Toutes les références aux pages de CF et OP sont basées sur les éditions reliées françaises.

Introduction

Je crois que l’Ordre du Phénix a officialisé une mode qui a commencé à se développer dans le Prisonnier d’Azkaban et la Coupe de Feu : une mode qu’ont Harry et Hermione d’être partenaires. Ils sont en effet à égalité dans le rôle de meneur, et bien que Harry reste certainement le héros, je pense qu’Hermione remplit de plus en plus le rôle d’héroïne. Je pense que cette amitié constitue une base solide pour une relation plus romantique qui pourrait apparaître dans les livres suivants et/ou à l’épilogue de la série.

Tendance au partenariat

1. Travailler en tandem

Harry et Hermione « travaillent » davantage comme partenaires (et moins comme deux membres d’un trio) dans l’Ordre du Phénix qu’ils ne l’avaient fait jusque là. Quand ils lisent l’article à propos de Sirius dans la Gazette, ils font taire Ron et poursuivent leur discussion (OP327). Harry et Hermione n’ont certainement pas informé Ron de leur conversation à propos d’Ombrage et de la cicatrice de Harry, le soir où il a été sélectionné dans l’équipe de Quidditch, puisque Ron est complètement dérouté en l’apprenant alors qu’ils discutent tous les trois avec Sirius dans le feu (OP344).

Hermione prend l’initiative de former l’A.D., en anticipant et en contrant la réticence de Harry avec des arguments persuasifs et imparables, ainsi qu’une confiance sereine en ses qualités (OP368-374). Tous deux parlent de la ressemblance entre les pièces d’or offertes aux membres de l’A.D. et la Marque des Ténèbres, un autre signe de leur point de vue partagé (OP450). Elle a également pris l’initiative d’organiser l’interview de Harry par Rita Skeeter (« Je veux qu’il ait la possibilité de dire la vérité ! » (OP636). Elle est apparemment restée assise à côté de lui durant toute l’interview. Harry a lui-même avoué que parler des événements de cette nuit avec autant de détails a été difficile, et Hermione a donc du être privée de détails que Harry ne leur avait pas encore confié, ni à elle, ni à Ron (OP641).

De manière significative, Harry et Hermione sont décrits dans tous les évènements d’OP comme un couple. Ce sont Harry et Hermione qui ont accompagné Hagrid dans la forêt pour rencontre Graup (OP768-785). Ce sont Harry et Hermione qui sont entrés par effraction dans le bureau d’Ombrage pour vérifier ce que devenait Sirius (OP829-834). Ce sont Harry et Hermione qui ont accompagné Ombrage dans la Forêt interdite (OP841).

Et, finalement, Harry se retrouve avec Hermione et Neville (tous deux auront probablement droit à une place importante dans la résolution finale de la série) quand le groupe est séparé en deux au Département des mystères. Bien qu’elle ne parle plus lors de la bataille, elle ne quitte pas la scène immédiatement et se défend très bien à l’aide de maléfices et de sortilèges divers avant d’être mise hors course. En fait, ils se tirent d’affaire à tour de rôle ; Hermione sauve Harry en lançant le sortilège de « Stupéfixion » (OP886) ; Harry se jette à terre pour empêcher l’Avada Kedavra d’atteindre Hermione (OP885) ; elle vole à son secours à nouveau (OP886) ; puis tous deux se défendent avec le sortilège de Mutisme et le maléfice du saucisson (OP888), avant qu’Hermione ne soit finalement neutralisée.

Rowling a délibérément fait ces choix ; dans tous les cas, Ron aurait pu être intégré dans les scènes sans déranger la narration. Au lieu de cela, l’auteur a choisi de garder Ron à l’écart durant tous les événements d’OP, alors qu’elle a poussé Harry et Hermione sur le devant de la scène. Cette tendance à exposer Harry et Hermione en tant qu’équipe ou en tant que partenaires a commencé dans PA, quand Harry et Hermione ont dû sauver Buck et secourir Sirius. Cette tendance a été confirmée dans CF lorsque Harry et Ron ne se sont plus adressé la parole durant une période relativement longue, de telle sorte qu’Hermione et Harry ont travaillé ensemble pour permettre à ce dernier d’affronter la première tâche. Bien que Ron ait certainement aidé Harry à se préparer pour la troisième tâche, la contribution d’Hermione est peut-être plus conséquente (rien que le fait qu’il ait su les sorts qui l’ont aidé à survivre cette nuit-là est imputable à la facilité qu’a Hermione de trouver ce qu’il faut dans le bon livre). Et, bien sûr, une nouvelle fois, OP a laissé Harry et Hermione travailler en tandem, à tous les moments clés du livre. Leur partenariat est sous les projecteurs.

2. L’esprit audacieux des Gryffondor

Hermione passe d’un frisson quand elle entend le nom de Voldemort (OP89) à une facilité à prononcer ce nom fréquemment, commençant en octobre quand elle propose pour la première fois à Harry d’enseigner la défense contre les forces du Mal aux autres élèves (OP373). « C’était la première fois de sa vie qu’elle prononçait le nom de Voldemort et ce fut cela, plus que tout le reste, qui parvint à calmer Harry » (OP373). Elle est la seule camarade de Harry qui ose prononcer ce nom, et cela met Harry et Hermione à part. Plus tôt dans OP, Harry demande à Ron quand il se mettra à « prononcer le nom de Voldemort. » Ron élude la question et ne le prononcera jamais dans OP. Hermione est acerbe et dédaigneuse devant les réactions de Ron quand il les entend, elle ou Harry, dire ce nom (OP377, 378, 612).

3. L’habileté à communiquer sans parler

Dans OP, Harry et Hermione communiquent sans se parler, et dans les deux cas, Ron est oublié, ne se rend compte de rien, et les détails ne lui sont relatés que bien plus tard. Hermione est la seule à remarquer que quelque chose ne va pas chez Harry durant le dîner (OP180) ; visiblement, elle connaît les expressions de son visage et ses émotions par cœur. Dans le train qui les mène à l’école, Harry réalise qu’Hermione a interprété de la même manière que lui la phrase « je vais te suivre à la trace, comme un chien » déclarée par Malefoy (OP221). A nouveau, Hermione fait preuve de perspicacité mais aussi de respect envers l’état émotionnel de Harry, bien qu’elle ne trouve finalement pas la bonne raison de sa mauvaise humeur (OP731). Harry comprend très vite sa ruse faite face à Ombrage (l’absence de larmes) (OP839).

A présent, je m’éloigne des intentions de l’auteur pour examiner les sentiments des personnages l’un envers l’autre.

Base d’une romance

Comme indiqué ci-dessus, Harry et Hermione deviennent de plus en plus une équipe égalitaire, Hermione remplissant, on peut le dire, le rôle d’héroïne. Est-ce que cela signifie qu’ils sont destinés à former un couple ? Est-ce que le héros « finit toujours avec l’héroïne » ? Je ne sais pas s’ils sont aussi destinés que cela à avoir une relation, mais je suis persuadée que les fondations pour qu’une telle relation se développe sont en place à la fin de OP. Harry et Hermione partagent une amitié solide, basée sur la confiance, le respect, un vécu commun, et ceci peut constituer un bon départ pour une relation romantique. De plus, ils ne sont pas suffisamment « ennuyeux » pour ne jamais avoir de problèmes l’un avec l’autre, mais, comme on le montre en détail ci-après, ils ont déjà montré qu’ils préfèrent utiliser une manière positive de résoudre leurs conflits, plutôt que de se retrancher derrière un mutisme boudeur. Dans OP, ils font preuve d’un intérêt tout particulier pour la sécurité et le bien-être de l’autre. Les autres personnes attirées respectivement par l’un ou l’autre ont été jaloux de leur relation et ont empêché un attachement romantique sous-jacent entre Harry et Hermione. Harry trouve son amie attirante, et tous deux ne montrent aucune gêne vis-à-vis de l’interaction physique grandissante qui existe entre eux. Bien que jusqu’ici, Harry n’ait pas montré un intérêt particulier pour la vie sentimentale d’Hermione, celle-ci n’est pas aussi enthousiasmée par l’histoire de Harry et Cho qu’elle ne veut le lui faire croire. En tout cas, il est certainement temps pour ces deux adolescents de « changer d’avis ».

1. Confiance, respect et vécu

Confiance

Harry et Hermione se font confiance (tout comme ils font confiance à Ron bien sûr), mais il y a des exemples particuliers dans OP où la confiance mutuelle entre ces deux personnages a été mise à l’épreuve. Harry, bien qu’au début il se soit montré sceptique sur ce que Cho dirait, accepte de rencontrer Hermione alors qu’il a rendez-vous avec Cho, même si son amie ne lui donne pas le moindre indice sur la raison pour laquelle elle a besoin de le rencontrer ce jour-là en particulier (OP623). A un autre moment, Harry et Hermione montrent qu’ils seront là « pour empêcher l’autre de tomber » dans cet exemple classique de quelqu’un qui tombe à la renverse en ayant pleine confiance en son partenaire (bien que, dans ce cas, ce n’était pas intentionnel, il faut le noter) : « Il [Hagrid] s’immobilisa soudain et se retourna. Poursuivant sur sa lancée, Hermione le heurta de plein fouet et fut projetée en arrière. Harry la rattrapa de justesse avant qu’elle ne s’étale par terre » (OP772).

Toutefois, la scène la plus importante où on peut observer la confiance qu’ont Harry et Hermione l’un en l’autre est la scène où Harry raconte à ses deux meilleurs amis sa vision à propos de Voldemort qui torturait Sirius. L’interaction entre Harry et Hermione devient plus intense dans cette scène ; en fait, s’il devait y avoir des indices d’une tension sexuelle chez Harry, je dirais qu’ils se trouveraient ici, dans cette scène. Elle est de plus en plus confiante au fur et à mesure qu’elle le questionne, alors même qu’il est en colère, et ils continuent pourtant à se rapprocher l’un de l’autre. Ron est sans aucun doute à la périphérie de la scène capitale. Et même si Harry parle sur un ton « agressif », il a suffisamment confiance en son jugement pour donner son accord pour une vérification au square Grimmaurd (OP820-827). Ce sont Harry et Hermione qui se recouvrent de la cape d’invisibilité de Harry et qui forçent la porte du bureau d’Ombrage ; Ron est envoyé ailleurs.

Respect

Harry et Hermione respectent les actes de l’autre. L’opinion d’Hermione est très importante pour Harry ; j’ai l’impression que le fait qu’il ne veuille pas lui parler face à face après la scène de l’insigne de préfet est justifiée par le sentiment de l’avoir déçue. Elle avait visiblement une haute opinion de lui, le considérant comme le meilleur choix pour le préfet de Gryffondor de cette année, et a été déçue de ne pouvoir être préfète avec lui (OP186). Hermione écoute toujours Harry, gentiment, quand il lui arrive de se confier à elle (OP315). De plus, Hermione est devenue la conscience de Harry (« cette partie de son esprit – celle qui lui parlait parfois avec la voix d’Hermione) (OP765). Harry change complètement d’avis rien qu’en entendant sa voix dans sa tête (OP438). Il se sent très fier d’Hermione à un moment critique lors de la confrontation entre Ombrage, Fudge et Dumbledore (OP687) : « Les compétences d’Hermione en matière de maléfices emplirent Harry d’un sentiment de fierté ». Il défend également les aptitudes d’Hermione lors d’une de ses disputes avec Cho, ce qui est immédiatement suivi d’un sentiment de jalousie éprouvé par cette dernière (OP714).

Elle anticipe les réactions de Harry lors de la première réunion de l’A.D. au pub La Tête de Sanglier, en ressentant son anxiété et en préparant le terrain pour qu’il assume pleinement son rôle de leader (OP385). Elle renforce sa confiance en faisant son éloge lors de la première réunion officielle de l’A.D. (OP448). Quand Harry est désespéré et isolé après avoir entendu Maugrey supposer que Voldemort pourrait le posséder, c’est Hermione qui est capable de persuader Harry d’en parler. Elle prétend être venue au square Grimmaurd à la minute où elle en a eu le droit (et n’a pas du tout rejoint ses parents), se précipitant dans la chambre du haut, où Harry se terrait, dès son arrivée (il y a encore de la neige dans ses cheveux !) (OP560). « Il n’a pas eu le coeur » de la décevoir en lui révélant ce qui arrivait réellement à tous les chapeaux qu’elle tricotait pour les elfes de maison (OP508).

Vécu

Harry et Hermione ont un passé riche, et bien qu’ils partagent ce passé avec Ron, les souvenirs que Harry a d’Hermione sont vraiment mis en valeur dans OP. On apprend par exemple que l’image d’Hermione à l’infirmerie quand le Polynectar avait mal fonctionné est un des « pires souvenirs » de Harry. Et penser à Hermione suffit parfois à le faire sourire. Lors de son premier examen de B.U.S.E., Harry espionne Hermione qui est assise quelques rangs devant lui et se souvient tendrement de la nuit où elle et lui sont devenus amis, la nuit où Ron et lui ont assommé un troll pour la sauver (OP799). Il est facile d’imaginer que n’importe quelle future petite amie de Harry aura du mal à « remplacer » Hermione dans son coeur.

2. La Résolution des conflits

Harry et Hermione ne sont pas « ennuyeux ». Ils se disputent ou sont en désaccord de temps en temps, mais dans presque tous les cas, leur dispute est oubliée dès qu’ils discutent du problème et qu’ils s’excusent si nécessaire. Cela contraste avec Ron et Hermione, dont la résolution des disputes n’est jamais décrite dans OP ; l’un des deux camps se retranche toujours dans un silence boudeur et/ou évite l’autre (OP 90-92, 238-239, 263, 268, 288-290, 291, 335). Il n’y a qu’à une occasion où Ron et Hermione « résolvent » leur problème, ce qui n’est pas narré ; la fois où Harry explose et leur reproche de toujours « se chamailler », avant de s’en aller. Plus tard, Ron arrive en cours de divination un peu en retard et affirme : « on a cessé de se disputer, avec Hermione » (OP270). Mais on ne voit pas que la dispute est vraiment oubliée (ça n’était peut-être qu’une trêve passagère), et cela ne les empêche certainement pas de se disputer par la suite (Ndt : il faut dire aussi que le récit est vue du point de vue de Harry (sauf pour le début de ES bien sûr), et que s’il n’était pas là durant un événement, on n’en fera jamais connaissance, à moins qu’on lui raconte).

Il y a des moments où Harry est suffisamment en colère contre Hermione pour ne plus lui adresser la parole durant un temps, mais ce n’est pas son vraiment son genre. A une occasion, Harry est assez furieux contre elle parce qu’elle est d’accord, du moins en partie, avec McGonagall, pour ne plus lui adresser la parole en cours de sortilèges, avant d’oublier d’être dur avec elle quand ils arrivent au cours suivant (OP363-364). A une autre reprise, il lui en veut assez pour arrêter de lui parler pour le reste de la journée quand elle le harcèle à nouveau à propos des cours d’Occlumancie (OP661).

Mais il est rare que Harry préfère se retirer dans le silence plutôt que de résoudre les conflits avec Hermione. Quand Harry l’agresse verbalement lorsqu’il apprend que Lavande ne le croit pas, Hermione lui répond calmement qu’elle a conseillé à cette dernière de la fermer, et qu’elle lui serait reconnaissante s’il arrêtait de lui sauter à la gorge de cette manière ; il lui fait donc ses excuses (OP254). Lors d’une discussion similaire peu de temps après, Hermione a confiance en elle et lui demande nouveau de cesser d’être aussi agressif (OP286). Même si elle semble anxieuse à cette idée, cela n’a jamais empêché Hermione d’affronter la colère de Harry, à différents moments de OP (373, 820-825, 872-873). Et elle est plus confiante (et moins anxieuse) à l’idée de s’opposer à Harry quand elle le juge nécessaire.

Elle n’a pas peur de lui dire qu’il se comporte mal, et de même, il se sent suffisamment à l’aise pour le lui faire remarquer quand elle est hors de propos. Par exemple, après avoir rencontré Graup pour la première fois, Harry essaye de calmer Hermione, qui est vraiment angoissée à l’idée de ce que Hagrid leur demande de faire. Quand à son tour Hermione se met en colère, au point de dire qu’Ombrage a raison de remettre en question les compétences de Hagrid, Harry lui dit calmement « J’espère que tu n’as pas voulu dire ça ». Elle le lui accorde (OP786). Un autre exemple, quand Harry lui demande doucement si elle voudrait vraiment voir les Sombrals ; elle est tout de suite horrifiée par ses propres paroles et s’excuse pour son exubérance (OP507).

Harry est sans aucun doute en colère contre Hermione à différents moments de OP, mais quelques conflits sont normaux, et c’est également une bonne chose en amitié. Dans certains cas, ce sont la logique et la nature pragmatique de son amie qui l’énervent (OP416, 426-427). Par exemple, quand elle se demande si c’est une bonne idée de continuer l’AD. alors que Sirius les soutient, Harry est en colère vis-à-vis de sa méfiance envers le jugement de Sirius ; toutefois, il repense à ce qu’elle a dit plus tard, au moment de s’endormir. Son avis est donc important pour lui, même s’il n’est pas d’accord (OP426-427). Dans tous les autres cas, il est agacé par sa ténacité à propos des cours d’Occlumancie (OP621, 661, 730, 763-765) ou par son opposition au plan de Harry qui consiste à s’introduire par effraction dans le bureau d’Ombrage pour utiliser son feu afin de parler à Sirius (OP 737-738, 740, 747-748).

Il dissimule ses sentiments à propos d’un de ses rêves sur Voldemort à Ron et Hermione, « de peur que celle-ci ne le rappelle une nouvelle fois à l’ordre » (OP661). Toutefois, il n’est pas dans les habitudes de Harry de mentir à Hermione pour éviter de l’avoir sur le dos ou de l’entendre lui faire la morale. En fait, dans le seul cas où Harry ment à Hermione répétition (quand il prétend avoir réfléchi à l’énigme de l’œuf dans CF) et lorsqu’il oublie un détail ou ne raconte pas toute l’histoire, il évite son regard, ne la regarde pas, ou arbore une expression coupable. Dans ces cas-là, Harry ment également à Ron, bien qu’il semble coupable uniquement vis-à-vis d’Hermione. Un « mensonge par omission » de Harry peut être trouvé dans OP306-307 (il ne raconte pas exactement ce qu’on l’oblige à faire lors de ses retenues avec Ombrage). Quand elle lui met la pression au sujet de l’Occlumancie, elle lui demande s’il a arrêté d’avoir des rêves étranges, et il répond « qu’il n’en a presque plus », mais il évite son regard (OP730). Harry essaye de paraître offensé quand elle lui demande s’il continue à travailler l’Occlumancie mais évite à nouveau de croiser son regard (OP765).

La façon qu’ont Harry et Hermione de réagir et de résoudre leurs conflits tranche vraiment avec les habitudes de Ron et Hermione. Harry n’aime pas les conflits, comme le prouve sa soudaine explosion de colère dirigée contre ses amis et ses réflexions ultérieures sur leurs incessantes prises de bec (268-269), ainsi que le fait qu’il ne puisse plus supporter ces disputes avec Cho (767). Je ne crois pas non plus qu’Hermione se réjouisse de ses conflits avec Ron, mais je ne suis pas sûre d’avoir les preuves suffisantes et basées sur les livres pour évaluer cela, vu que nous ne connaissons pas du tout le point de vue d’Hermione.

3. Intérêt pour la sécurité et bien-être de l’autre

Alors que Harry et Hermione portent tous les deux une grande attention à la sécurité et au bonheur et le bien-être général de leurs amis (Ron en particulier), ils sont particulièrement concernés l’un par l’autre dans OP. Ron dit lui-même qu' »Hermione devenait folle » d’inquiétude à propos de ce que Harry pourrait faire, coincé tout seul sans aucune nouvelle (OP77). Et même si elle prétend être confiante au sujet du non-renvoi de Harry, elle semble « sur le point de s’évanouir d’angoisse » et elle se cache les yeux derrière une main tremblante après avoir appris que les charges contre lui sont abandonnées (OP179).

Dans OP toujours, ils se défendent l’un l’autre avec une ardeur toute particulière. Hermione réagit assez violemment aux sarcasmes de Drago qui demande à Harry « quel effet ça fait de se retrouver deuxième » derrière Ron (« Ferme-la, Malefoy » et « Fiche le camp ! ») : même Drago se rend compte qu’il a « touché un point sensible » (OP221). Harry a à nouveau eu une retenue pour avoir demandé à Ombrage pourquoi elle pénalise Gryffondor alors qu’Hermione n’a fait que poser une question (OP360).

Au fur et à mesure que la tension devient plus forte au cours du récit, il en est de même pour les angoisses d’Hermione. Elle conseille à Ron de veiller sur Harry après sa première leçon d’Occlumancie (OP609). Elle est vraiment concernée par la cicatrice douloureuse de son ami (OP 180, 315, 621, 820, 828). Alors que les membres de l’A.D. s’enfuient de la Salle sur Demande, Hermione, au milieu du groupe, se retourne et crie « Harry, viens vite ! » à son intention (OP682). Elle ne peut supporter l’idée de voir Harry victime du sortilège Doloris, et je ne suis pas vraiment convaincue qu’elle savait ce qu’elle allait faire quand elle a crié « NON ! » alors qu’Ombrage se préparait à lancer ce sort à Harry (OP838). En d’autres termes, je pense qu’Hermione a réagi avec la volonté féroce de protéger Harry et donc a inventé un plan par la suite. Elle a également été très méfiante envers le voile et ses dangers, comme par instinct (OP867-868).

En bref, Hermione peut être excessivement anxieuse à propos de Harry, ce qui ennuie ce dernier de temps en temps, mais je ne peux m’empêcher de penser que le fait qu’Hermione ait mal traduit le mot « ehwaz » en « défense » au lieu d' »association » a une importance (OP808).

Finalement, on doit noter qu’Hermione s’est dégagée des bras de sa mère pour rejoindre le groupe des protecteurs de Harry qui a affronté les Dursley sur le quai de la gare (OP974).

4. Jalousie des petit(e) ami(e)s

Le garçon attiré par Hermione dans CF (et peut-être dans OP), Viktor Krum, est suffisamment jaloux de la relation de Harry avec Hermione pour prendre l’initiative d’une conversation privée. Harry est abasourdi qu’un garçon plus âgé et de surcroît une star du Quidditch internationale le considère comme un rival. Puis, la petite amie de Harry dans OP, Cho Chang, est jalouse de cette amitié (OP680-681, 714). Même si leurs amis ne voient pas en Harry et Hermione une possibilité de couple (quoiqu’on ne sache pas s’ils le pensent ou non), il est indiscutable que les personnes attirées soit par Harry soit par Hermione sont jaloux de l’amitié qui les unit. Ils la trouvent menaçante ; ils soupçonnent Harry et Hermione d’être attirés l’un par l’autre.

5. Interaction physique

Hermione ne déplaît pas à Harry (CF370, OP642). En fait, au bal de Noël, il reste bouche bée quand il la voit (CF371). Et bien sûr, il confirme qu’il ne la trouve pas « laide » (CF642). A propos du fait qu’elle-même dise à Harry qu’il aurait dû dire Cho qu’il trouvait Hermione laide : eh bien, on a l’impression qu’elle attend des compliments, ou du moins qu’elle prend la température. On ne sait pas vraiment ce qu’Hermione pourrait penser du physique de Harry ou si elle est ou pourrait être physiquement attiré par son ami. Bien sûr, les gens ne tombent pas amoureux de chaque personne qu’ils trouvent physiquement attirante, mais comme il semble que cela constitue une barrière à la même évolution de la relation de Harry et Hermione que celle de Ron et Hermione, j’ai pensé que cela valait la peine de l’inclure dans cet essai.

Dans tous les cas, Harry et Hermione sont de plus en plus à l’aise du point de vue contact physique dans OP. Hermione l’étreint durant un moment assez long quand il arrive pour la première fois au square Grimmaurd (OP76-77). On les décrit souvent assis côte à côte dans différentes scènes de OP (268, 221, 411, 633-634, 813). Ce n’est intéressant que parce que Rowling a particulièrement mis en évidence la façon qu’ont les personnages de s’asseoir les uns par rapport aux autres, et ce de différentes manières. Hermione saisit ou s’agrippe au bras de Harry assez fréquemment (OP411, 456, 781, 850, 864). Harry est décrit comme étant vraiment physiquement protecteur à son égard. Il « attrapa Hermione et la projeta derrière un arbre » (OP781) lorsque Graup essaye de la saisir. Durant l’affrontement entre Ombrage et les centaures, Harry saisit Hermione et la jette à terre (OP847). Dans le Département des mystères, quand Harry veut transmettre le signal aux autres pour détruire les étagères, c’est le pied d’Hermione qu’il trouve (OP881). Dans le chaos qui s’ensuit, Harry agrippe la robe d’Hermione et l’entraîne derrière lui : tout ceci ressemble bien au fonctionnement de l’esprit de Harry, du genre « et si vous deviez sauver une seule chose d’une maison en feu ? » (OP883). Quand il croit qu’Hermione est morte, Harry entend « un gémissement de terreur » dans sa tête (OP889). En apprenant qu’elle est encore en vie, Harry ressent « une telle vague de soulagement » que la tête lui tourne pendant un instant (OP890).

6. Intéressés l’un par l’autre ?

Comment Harry et Hermione perçoivent-ils la vie amoureuse de l’autre ? Eh bien, clairement, Harry ne se préoccupe pas de la vie sentimentale d’Hermione, jusqu’à maintenant. Son seul commentaire à propos de Krum fait davantage penser à Rowling qui s’adresserait au lecteur par la bouche de Harry qu’à quelque chose qu’il dirait de lui-même (OP519). Il se rend certainement compte de l’intérêt que Ron porte à Hermione, quoique qu’il soit intéressant de remarquer que Ron et Harry ne semblent pas avoir de conversations à propos des filles. A un moment donné, Harry voudrait avoir des conseils de Sirius, mais il ne pense pas du tout à demander l’opinion de son meilleur ami. Bien sûr, s’ils avaient eu une conversation à propos des filles, Hermione serait certainement arrivée dans la discussion, et on peut penser que Rowling évite de dévoiler cette partie du scénario pour le moment.

De l’extérieur, Hermione pourrait sembler heureuse de la relation Harry/Cho ; elle encourage même son ami en lui révélant que Cho ne l’a pas quitté des yeux dans le pub La Tête de Sanglier (OP396). Mais, quand on y regarde de plus près, on pourrait facilement être suspicieux vis-à-vis des raisons qui poussent Hermione à être tellement intéressée par la vie amoureuse de Harry. Pour une « observatrice désintéressée », Hermione regarde Cho de loin, et ce fréquemment, et réfléchit souvent l’état émotionnel de cette dernière. Hermione interrompt la conversation entre Cho et Harry lors de la première réunion de l’A.D., en lui criant de regarder sa montre. De toute évidence, elle observait Harry et Cho depuis un moment ; a-t-elle fait exprès de les interrompre à ce moment-là (OP447) ?

Quand Harry a relaté à Ron et Hermione son aventure sous le gui  avec Cho, il ne le fait qu’à cause de la rapidité d’Hermione. Rowling a utilisé les mots « un ton de femme d’affaire », « vivement » et « impatiemment » pour décrire la réaction d’Hermione. Ce sont d’étranges qualificatifs pour parler d’une observatrice indifférente, si vous voulez mon avis. De plus, on dit qu’Hermione « fronçait les sourcils » alors qu’elle attendait que Harry confirme le fait que lui et Cho se soient embrassés (OP515-517). Elle est également toute heureuse de dire à Harry ce qu’il a mal fait lors de son rendez-vous avec Cho. Mais elle n’a apparemment jamais pris l’initiative de détromper Cho sur la nature de sa relation avec Harry (ou Cho n’aurait pas continué à être jalouse), et nous savons tous qu’Hermione peut être discrète quand ça l’arrange. Elle questionne Harry à propos de Cho à plusieurs reprises (OP731, 766), et bien sûr, ce n’est autre qu’Hermione qui annonce à Harry que Cho sort avec quelqu’un d’autre (OP971). Dans l’ensemble, je ne suis pas convaincue qu’Hermione soit aussi supportrice de la relation Harry/Cho qu’elle ne l’est en apparence. Cela laisse une ouverture pour le fait qu’Hermione a ou pourra avoir des sentiments amoureux envers Harry. Même si elle pourrait aussi éprouver de tels sentiments pour Ron (ce à quoi je ne crois pas, même si le sujet de cet essai n’est pas d’être anti-Ron/Hermione), cela ne l’empêche pas d’être attirée par Harry ou de développer des sentiments pour lui par après.

En somme, je pense qu’il y a suffisamment d’ambiguïté dans les relations entre les trois membres du trio pour laisser une possibilité à Harry et Hermione d’être attirés l’un par l’autre, même si ce n’est pas encore manifeste pour aucun d’entre eux. Ils ont déjà un lien affectif, et ils se trouvent mutuellement attirants, physiquement parlant (il n’y a rien qui suggère qu’Hermione ne trouve pas Harry attirant). Il est effectivement vrai qu’ils peuvent tous deux trouver d’autres personnes plus attirantes (comme… Ron pour Hermione ou Ginny pour Harry), mais il me semble que les chances du couple Harry/Hermione sont plus grandes quand on examine toutes les preuves dans leur ensemble.

Conclusion

Je crois que OP accélère d’une manière dramatique la tendance qui avait commencé dans PA et CF, tendance qui consiste à voir Harry et Hermione travailler en tandem et se comporter comme des partenaires. Alors que c’est le destin de Harry d’être le héros et que les livres sont intitulés Harry Potter et…, je crois que Rowling attend de nous que l’on voie Hermione davantage comme une « acolyte » que comme un « personnage secondaire ». Je crois également que Harry et Hermione travaillant en tandem comme ils le font actuellement constitue une base solide pour une relation amoureuse qui pourrait se développer dans les livres prochains et/ou à l’épilogue de la série.

Alors qu’on peut de plus en plus penser que Harry finira avec Ginny au fur et à mesure que le caractère de cette dernière est révélé à Harry et au lecteur, il est presque obligatoire pour un auteur, du fait de la tradition littéraire, de créer des « preuves » d’une issue romantique en particulier en s’assurant que ses lecteurs soient émotionnellement impliqués dans cette histoire d’amour éventuelle. Dans ce cas, Rowling a certainement mis Hermione sous les feux des projecteurs, en partie pour ses réussites et ses atouts, et d’autre part en tant que partenaire dynamique pour Harry. Par contraste, l’évolution de Ginny a largement été passée sous silence (à part quelques références faites par ses frères et des allusions d’Hermione), ce qui crée ainsi une situation où un grand nombre de lecteurs ne sont pas suffisamment impliqués pour lui donner le rôle de future petite amie du héros. Rowling a déjà utilisé cette technique pour s’assurer que les lecteurs ne se soient pas attachés à Cho en tant que petite amie de Harry. Elle a réussi cela en filtrant les informations sur Cho par l’intermédiaire d’Hermione : virtuellement, tout ce que le lecteur apprend ou entend sur Cho est raconté par Hermione. On ne donne pas la chance au lecteur d’avoir un élan romantique quand Harry embrasse Cho, puisque ce premier baiser n’est pas raconté. Ainsi, le lecteur ne ressent même pas d’attache avec Cho. Je crois qu’elle utilise la même technique avec Ginny. Et je crois qu’elle s’est assurée que les lecteurs s’attachent vraiment à Hermione, bien que naturellement tous les lecteurs ne veuillent pas la voir sortir avec le héros.

Même si vous n’êtes pas de l’avis qu’Hermione est l’héroïne de la série, il est indiscutable que la collaboration de Harry et Hermione a été mise en avant, particulièrement dans le dernier tome. Comme il a été démontré ci-dessus, en plus d’être un formidable duo, Harry et Hermione partagent une amitié et des émotions qui pourraient facilement servir de base à une relation amoureuse. Je pense qu’ils sont tous les deux inconscients de l’attirance qu’ils ont l’un pour l’autre, bien que Harry ne se rend pas compte ouvertement de ses sentiments latents pour Hermione, car les sentiments d’Hermione restent ambigus. Il est alors difficile de dire si elle est consciente d’un quelconque intérêt pour Harry. Mais quant au fait qu’ils aient ou non des sentiments amoureux actuels l’un pour l’autre, le terrain est prêt pour cette issue éventuelle.